Room 33

L’hôtel Camper de Barcelone sert de cadre à plusieurs courts-métrages, l’un situé dans une chambre, l’autre dans la salle de conférence,…

Et parmi ceux-ci, Room 33, le nouveau court-métrage d’Erika Lust.


 

Un couple se présente à la réception de l’hôtel et prend une clé. Fantasmes des personnages, de l’homme, de la femme, de l’homme qui les regarde passer, d’autres personnes croisées le long d’un corridor ou épisodes à venir ? Des flashs mettant en scène ce couple, seul ou bien accompagné, dans la chambre, courtes visions des plaisirs à venir…

« Do not disturb » est accroché à leur porte, mais d’autres pancartes se substituent : triolisme, homme avec homme, femme avec femme, gang bang…

L’hôtel Camper devient le temps d’un court-métrage un love hôtel. Et la chambre 33 est celle de tous les plaisirs…

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Les amateurs de pornographie et de gros plans sur des sexes d’acteurs et d’actrices seront déçus par ce court-métrage car les images présentées sont très sobres. Les images sont sensuelles, laissent part à l’imagination. Ce court-métrage que l’on peut regarder sur Internet gratuitement est à mon avis une réussite érotique.

Court-métrage Room 33 d’Erika Lust sur http://lovehotel.lustfilms.com/love_hotel.html

[L’ensemble des courts-métrages avec présentation des réalisateurs est visible sur ce site.]


SM Rechter

Je lisais les pages non encore lues de Nouvelles Tentations et notamment l’article « Domination soumission sur la toile » avec la présentation de deux films, dont SM Rechterde Erik Lamens.
Adaptation d’une histoire vraie, une accusation à l’encontre d’un juge pour cause de pratique SM. Mais mieux vaut vous reporter au site de Nouvelles tentations pour y lire le synopsis, y voir la bande annonce et l’interview du réalisateur. Dans cet interview, il est notamment question de la place de la femme du juge, masochiste, considérée comme victime alors que tout découle de sa volonté… (Lire l’interview sur le webzine de cinergie.be)
Site officiel du film : http://www.smrechter.com/en/
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La vie sexuelle relève-t-elle uniquement de la vie privée lorsqu’une personne exerce une fonction où l’on attend de sa part une conduite irréprochable ? Le SM est-il à classer dans les conduites jugées inadéquates avec la magistrature ? Le SM est-il, comme le pense le procureur, à classer dans les perversions ? Peut-on entendre la voix d’une femme qui se déclare saine, car elle sait ce qu’elle veut et sait où elle veut aller, car elle choisit de souffrir, alors qu’un tribunal la considère comme victime ? La société doit-elle protéger d’elle-même une masochiste, lui interdire la liberté de disposer de son corps comme elle l’entend ? Jusqu’où est-on prêt à aller par amour, jusqu’où suivre les fantasmes de son conjoint ? Dans quelle mesure la présence d’un enfant peut-il être castrateur, quand l’enfant, même à sa majorité, considère encore que ses parents n’ont pas à avoir de vie sexuelle, parce qu’ils sont parents, et que l’amour, ce n’est pas pour les « vieux » ?

Ce sont quelques questions posées par le film. Mais ce film ne fait pas que poser des questions ou tenter d’y répondre. Il est un film d’amour, celui de Koen, juge en cour de cassation et de sa femme Magda, au chômage depuis six mois, qui devient dépressive et se fait hospitaliser le jour de leurs quinze ans de mariage. Un médecin explique alors à Koen qu’il lui faut trouver la cause de cette dépression, qu’ils forment un couple et que là où va l’un, l’autre doit le suivre. Magda souhaite divorcer car la situation ne lui convient plus, mais Koen le refuse, lui dit être prêt à faire ce qu’elle voudra. Magda montre alors son carnet de croquis : ce qu’elle veut, dit-elle, c’est être dominée et qu’il lui fasse mal. C’est son fantasme, qu’elle cache depuis de nombreuses années, parce qu’elle se juge anormale. L’un où va l’un, l’autre doit se rendre. Koen en parle avec le médecin, avec un ami et accepte. Commencent alors plusieurs années où Magda se révèle, retrouve goût à la vie, se met à peindre. Cependant des épreuves les attendent lorsqu’une enquête est menée et le juge traduit en justice…

J’évite de vous fournir trop de détails sur ce film, car il faut le voir. C’est un très beau film qui ne peut pas laisser de marbre, parce qu’il est émouvant car je le répète c’est une histoire d’amour peu commune, parce qu’il rend le spectateur anxieux : suspens ménagé, inquiétude que l’on partage, parce que certaines scènes sont éprouvantes et que voir une aiguille traverser un sein ne se fait pas sans au moins tressaillir : ce type de scènes existe dans le film et cette imprégnation me semble nécessaire, parce que le film soulève des questions, parce que le témoignage final de la femme pour l’émission de télévision est magnifique, parce que l’on se situe comme parent face à ses propres enfants, parce que le scénario est basé sur une histoire vraie, et parce que chacun trouvera ses propres raisons.

Vous pouvez lire une présentation du film sur ce blog.


A ses pieds

J’étais abonnée à une conversation très ancienne du club des sens sur les films esthétiques mais néanmoins érotiques ou pornographiques… et hier B a ajouté une ligne au fil de cette longue conversation en signalant avoir vu un court-métrage, A ses pieds de Mélanie Laurent qui méritait le détour. J’ai lu sa critique et me suis dit qu’effectivement, le court-métrage pourrait s’avérer intéressant. A ses pieds date de 2008 et fait partie des « X-plicit films », ces courts-métrages érotiques ou pornographiques réalisés par des femmes produits par SecondSexe et Canal+. J’avais jusqu’alors regardé deux de ces « X-plicit films » et les avais trouvé inintéressants. Je ne vous en ai donc jamais parlé et j’avais jusqu’alors renoncé à en regarder davantage bien que j’en possédasse un ensemble de six. A ses pieds figurait au milieu de ceux-ci, il a donc suffi de l’identifier et nous l’avons regardé hier soir.

Une femme se prépare, bas, chaussures, robe cintrée et apparaît dans un bar où le barman garde les yeux rivés sur elle. L’homme installé au bar n’est pas insensible à son charme, son assurance et son côté rétro intriguant : la femme porte une voilette et tient un fume-cigarette entre ses doigts. La femme passe près de l’homme, lui enjoignant sans un mot de la suivre et disparaît. L’homme se lève  et c’est le début d’une quête.

(Vous remarquerez que le vitrail art nouveau reprend l’attribut de la femme.)

Cette quête le mène dans un couloir sombre où des portes s’entrouvrent et grincent, des chambres d’hôtel avec salle de bain attenantes, un établissement libertin où toute porte semi-ouverte est une invitation à entrer et à prendre part aux jeux qui se déroulent.

Les soupirs sont des invitations au plaisir, mais l’homme est un Ulysse tenté par des sirènes qui doit rejoindre la femme convoitée et elle seule, qui se perd dans un dédale pour la trouver.

Les portes mènent à des escaliers qu’il descend pour se retrouver face à nouveau à un couloir sombre, le même, avec des portes encore, un escalier qu’il descend à nouveau. La quête du plaisir est une marche vers les profondeurs.

L’homme arrive enfin dans une salle de bain et se heurte à une vitre. De l’autre côté, la femme, inaccessible et proche, qui se dévêtit, s’allonge, se caresse.

Un partage, alors qu’ils sont séparés, un orgasme de chaque côté de la vitre et un rire final de l’homme, tombant dans la baignoire.

Ne fait-on l’amour qu’avec soi-même ? Être à deux ne se réalise-t-il pas, chacun étant à son propre plaisir ? Le rire libère-t-il d’une tension ou ne sanctionne-t-il que l’incapacité à accéder totalement à son rêve ? Faut-il au contraire y voir une réussite, la femme étant parvenue à tenir l’homme en haleine, à le river sur son sillage, à ses pieds, pour reprendre le titre ? Le rire est-il un signe de contentement, d’avoir pu céder, se laisser mener jusqu’au bout ?

Le court-métrage se termine par la vision de la femme qui accède au palier du bar. Tout peut-il recommencer ?

A ses pieds, court-métrage de Mélanie Laurent, 11 minutes environ – les 2 premières minutes


Pure laine vierge

« Si, en littérature, le nombre d’ouvrages érotiques n’a cessé de croître durant ces dernières années, le cinéma érotique a quasiment disparu au profil de l’hégémonie pornographique.
J’ai éprouvé le désir de raconter cette histoire sensuelle, car il me semble important que les cinéastes se réapproprient ce genre, afin de nous extirper du carcan de cette nouvelle pensée unique. Notre imaginaire sexuel ne doit pas se laisser formater par les stéréotypes de la pornographie de supermarché.
Ainsi est né ce court métrage. […] Depuis un peu plus d’un an, je travaille, avec mon scénariste et ami, Christophe Mordellet, à son adaptation pour le cinéma.  « Pure laine vierge » le film, est maintenant devenu un thriller érotique, sensuel et mystérieux… »
Ainsi s’exprime Emmanuel Malherbe sur la page du groupe facebook « Pure laine vierge – conte sensuel ».Il a été question de ce long-métrage sur le blog d’Agène Giard mais je n’avais pas lu l’article alors… Ce n’est qu’hier que j’ai découvert l’existence de ce court métrage et l’ai regardé sur le site du réalisateur Emmanuel Malherbe. A regarder avant de lire ce qui suit si vous voulez conserver le plaisir de la découverte (idem pour l’article d’A. Giard qui en dit trop si vous souhaitez découvrir le court-métrage par vous-même. Lisez ensuite !)Pure laine vierge nous plonge dans une atmosphère étrange où une jeune femme accepte de suivre un homme passionné par la laine jusque dans son magasin et dans son atelier où grouille une chose indéfinie, mystérieuse et inquiétante. C’est parce qu’elle portait un pull épais à col roulé que l’homme a suivi cette femme et s’est adressé à elle, qu’il lui dit soudainement qu’il voudrait faire l’amour avec elle. Mais c’est avec la laine qu’il souhaite en réalité s’accoupler, en elle qu’il veut se fondre, adoptant à la fin une posture fœtale,  recroquevillé sur la laine qui le protège.  La femme n’a plus lieu d’être, elle doit se réduire au fil de laine pour aller au bout de ce fétichisme et elle disparaît donc, métaphoriquement ou réellement (le film est d’ailleurs angoissant, avec un jeu sur les codes de thriller, que ce soit la musique, l’utilisation d’un ustensile tranchant…). Elle devient momie de laine ou enfermée dans un cocon, morte ou transformée pour une nouvelle vie.


The elegant spanking

Pourquoi celui-là ? pour le thème de la fessée, pour le fait que Maria Beatty apparaît dans son propre film où elle joue le rôle de la servante Kitty, parce qu’il s’agit d’un film ancien (de 1995), parce que The elegant spanking marquait le début de la carrière de Maria Beatty, et parce que j’en avais vu quelques images dans le reportage consacré à Maria Beatty dans « Autour de minuit ».
On retrouve ce film en vente en dvd sous le titre Fetish films volume 1 qui comprend également The black glove. La série des « fetish films » comprend à présent trois volumes.

The elegant spanking met en scène deux femmes, la maîtresse, élégante, maniérée, qui porte avec grâce collier de perles, lingerie et chaussures et sa servante dévouée, en adoration devant elle, recueillant son urine, adorant ses pieds. Pour avoir commis une faute, la servante se fait fesser, mais la fessée la porte au comble du désir.

S’y trouvent des scènes d’effeuillage et d’habillement, de masturbation, d’adoration des pieds et des chaussures, une fessée cuisante, fétichisme de la lingerie, fétichisme des pieds, urophilie, et bien entendu un rapport constant de domination/soumission.

Le film de trente minutes environ est muet et entièrement en noir et blanc. Une musique ou plutôt des sons musicaux nous parviennent mais les paroles sont écrites en anglais sur un écran noir. Ces paroles ou pensées sont rares. Le film s’en passe facilement par son expressivité.


Lust

Lust, film de Maria Beatty, dure une trentaine de minutes uniquement et met en scène deux femmes dans un décor rouge primaire (du moins apparaissait-il ainsi sur mon écran alors que sur la photographie que vous voyez à côté le rouge est plus foncé) sur lequel se fond par moments la robe d’une des deux femmes, celle qui est position dominante. L’autre femme voilée de vert est sortie d’une cage et se prête aux jeux de la femme dominante. Si j’insiste sur les couleurs, c’est que celles-ci sont assez criardes et ce décor rouge me semble propre à mettre mal à l’aise. Le tissu vert de la femme soumise tombe et celle-ci reste nue par la suite, accentuant la différence entre celle qui dirige et elle-même.

Que se passe-t-il dans ce film ? quelques paroles sont murmurées, et ces mêmes paroles apparaissent à l’écran, nous les entendons, nous les lisons. Une femme joue avec une autre, l’autre « est jouée ». Des images se superposent parfois et rendent notre vision confuse. C’est un film qui s’oriente vers un travail sur l’image au détriment d’une trame narrative, qui s’apparente davantage à une expérimentation cinématographique, un film d’art et d’essai. C’est étrange, déroutant et… ennuyeux aussi, parce qu’une demie-heure paraît longue ainsi. Mais d’un ennui curieux, car je n’ai pas souhaité interrompre le film ni le regarder en avance rapide. Preuve qu’il exerce tout de même une fascination.

Lust est donc un film de Maria Beatty (dont je vous ai parlé ICI), le premier que nous voyons mais pas le dernier car l’univers de cette réalisatrice m’interpelle. A suivre pour de prochains billets de ce blog ![Pour voir plusieurs images du film, rendez-vous sur cette page de Blue productions]


A propos de la réalisatrice Maria Beatty

Maria Beatty est une réalisatrice new-yorkaise, qui à travers Bleu productions, produit des films érotiques esthétiques, axés sur le fétichisme, les relations bdsm, les femmes.

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Extraits d’une interview réalisée le 24/07/2002 pour http://www.lesinrocks.com/ (Texte intégral ICI)

« Les pratiques SM sont très théâtrales, très ritualisées. Ça m’a paru logique d’en faire des films. Mais des films très personnels qui correspondent à ma manière d’envisager ce type de relations sexuelles. A l’époque, j’avais une relation avec Rosemary Delain : dans nos jeux érotiques, elle était ma maîtresse, et moi, sa soumise. De fil en aiguille, nous en avons fait un film, The Elegant Spanking (« La Fessée élégante »), en 1995 : elle y joue une maîtresse de maison et moi sa soubrette. C’était une suite naturelle à ce que nous vivions, et, en même temps, j’avais conscience du challenge d’un tel film : être une femme réalisatrice, c’est être minoritaire dans la production pornographique. Alors, une femme qui filme du porno SM lesbien fétichiste, c’est carrément un défi ! Mais c’est tellement excitant d’explorer un territoire qui n’a presque jamais été filmé avant. »

« Je sais que du point de vue de l’industrie pornographique, j’appartiens à une niche très précise : le SM lesbien fétichiste, une sous-sous-sous-catégorie ! J’ai créé mon propre genre : l’érotique noir. C’est très pur, d’une certaine façon, parce que je ne fais aucun compromis commercial. Dans mes films, on retrouve tous mes fantasmes (la relation SM, les trips uro, les fessées, les fleurs, le bondage, les talons aiguilles, les pubis rasés…) et la façon dont je tiens à les filmer (lumières, couleurs, musique, muet, cartons, durée, montage, etc.). »

 

Extraits d’un article publié le 22 Juin 2010 sur http://www.rewmi.com/  (Texte intégral ICI)

« Il y avait toutes ces femmes qui utilisaient leur corps dans des performances artistiques avec un message social et politique. Ces femmes m’ont inspirée. Ça a été la clé qui a ouvert la porte, qui m’a fait passer devant la caméra pour explorer mes zones d’ombre. Comme une boite de Pandore qui, une fois ouverte, m’a menée vers une exploration de l’érotisme lesbien et SM. »

« Je préfère révéler les choses de façon mystérieuse, explique la réalisatrice. On n’a pas besoin à tout prix du grand final. C’est l’entre-deux, la montée de la tension qui m’intéressent. »

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Mieux valait laisser parler Maria Beatty, que vous la lisiez après que je l’ai lue, plutôt que de me contenter de recopier les très pauvres lignes de Wikipédia en français la concernant. Le personnage qui transparaît à partir de ses mots est fascinant…

Si ces quelques mots vous ont donné envie d’en découvrir davantage, vous pourrez regarder avec profit sur dailymotion l’extrait de l’émission En attendant minuit consacrée à Maria Beatty.

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J’ai croisé à nouveau le nom de Maria Beatty dans le livre Fausse route d’E. Badinter. Ce n’était pas la première fois,  donc, mais je n’avais pas encore eu la curiosité de m’intéresser à son travail.

Mon mari, sans savoir que je venais de lire à nouveau son nom, commençait lui aussi à s’intéresser à Maria Beatty. Ces extraits d’interview et d’article sont issus de ses recherches sur le net. De même qu’il a cherché les titres des films, des renseignements sur ceux-ci. C’est grâce à son intérêt que je me suis aussi penchée sur ce qu’avait créé Maria Beatty.

Nous avons ainsi regardé hier un premier film, Lust (traduction : Luxure)… mais ceci fera l’objet d’un prochain billet de ce blog. Et puis nous en regarderons d’autres.


L’âge d’or du X

Le coffret L’âge d’or du X comprend deux dvd. Je n’évoquerai pour l’instant que le premier des deux, L’âge d’or du X, remettant à plus tard le visionnage du deuxième dvd, Brigitte et moi.Si les couleurs de la pochette sont si pimpantes, c’est qu’il s’agit d’évoquer avec ses motifs géométriques les années 70. Selon les Inrockuptibles (texte figurant sur la pochette), il s’agirait d’un « sampling hilarant des films pornos des années 70 ».
Hilarant, c’est vite dit, même si certains passages sont humoristiques, cocasses… ou d’un humour très douteux. Dans les années 70, on n’hésitait pas dans les films à faire parler un sexe, à placer le clitoris au fond de la gorge (ce qui donnera… Gorge profonde bien sûr), à faire intervenir le laquais pour préparer la dame. Peur du ridicule ? Même pas.

Mais revenons au dvd. Sur fond d’actualités avec logo de tf1, un présentateur évoque quelques événements marquants politiques, du moins si un lien peut être effectué avec le cinéma érotique puis pornographique de l’époque. Et des liens, il y en a, entre libéralisation, censure, arrêt de la censure et taxation, ghettoïsation des cinémas qui présentent ce type de films, etc.

On est convié à un panorama succint de l’évolution du cinéma érotique à travers des extraits, avant que la machine ne s’emballe, que l’on passe au hardcore, que les cassettes vidéo ne fassent leur apparition. Entre les navets et les chefs-d’œuvre, l’avis de Jacques Lang sur le fait qu’il faille préserver la jeunesse, l’avis de cinéastes dont celui de Jean-François Davy, dont le film Exhibition a été sélectionné pour le Festival de Cannes en 1975, celui de François Jouffa dont le film Bonzesse a été censuré, quelques paroles de Brigitte Lahaie qui évoque les tournages comme des parties de rigolade…

L’âge d’or, pourquoi finalement ? « c’était mieux avant » leitmotiv des interviews, l’attrait pour la nouveauté pour certains cinéastes, l’absence de poitrines siliconées, l’existence d’un réel public (chiffré régulièrement dans le documentaire), la participation d’acteurs « vrais » qui s’amusaient (du moins est-ce le point de vue du documentaire), aspect mercantile moins marqué qu’à présent (toujours selon le point de vue du documentaire.)

Un dvd instructif et intéressant, même si certains aspects me semblent simplistes.

Documentaire de Nicolas Castro et Laurent Préylae. durée 54 min.

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Texte du dos de la jaquette :

C’était l’époque des films tournés en 35 mm, les seins des soubrettes étaient vrais, les valets de chambre très dévoués…

Un documentaire, « L’âge d’or du X » et un film, « Brigitte et moi », retracent l’histoire d’une parenthèse enchantée, celle de l’apogée à la chute du X en France.
Des années ultra-libertaires post 68, à l’apparition du Sida, autant d’années de chamboulement des mœurs à suivre à travers l’évolution du cinéma porno et la carrière de Brigitte Lahaie.


Les jours et les nuits de China Blue

Bobby, invité à une soirée de libre parole sur la sexualité et le couple, ne s’exprime pas. Et pourtant, que de choses à dire puisque sa femme et lui vivent sous le même toit sans communiquer. Une chicane sur le manque d’argent incite Bobby à accepter un travail de nuit : il doit épier une styliste, Johana, trop travailleuse et trop ambitieuse pour être parfaitement honnête selon son patron qui la soupçonne d’avoir vendu des modèles à la concurrence.

Johana a effectivement un secret, que Bobby découvre, mais ce n’est pas celui-là… Johana mène en effet une double vie : le jour, jeune femme inapprochable par les hommes, la nuit, prostituée : elle est alors China Blue, « le meilleur coup du quartier » comme elle se plaît à le dire. China Blue, bavarde, goguenarde, pourvue d’un sens aiguë de la répartie, se prête aux fantasmes d’autrui, permet leur essor par leur mise en scène, leur récit. Elle est tour à tour hôtesse de l’air pour un voyage vers le 7ème ciel, femme traquée et violée…

Bobby, client d’un soir, se retrouve fasciné par China/Johana, de même qu’un homme étrange rodant dans le quartier, psalmodiant devant un spectacle de peep-show, exhortant la foule des infidèles à renoncer à ses péchés et surtout voulant amener China Blue à la libération. Car selon ses dires, China et lui sont tous deux pareils, fuyant leur personnalité. Le révérand transporte dans sa valise les objets du vice ou du culte, puisque son esprit dérangé ne différencie plus, dont un vibromasseur par lequel doit passer la rédemption…

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Film de Ken Russel de 1984. Titre original  Crimes of passion. Durée :  1h46. Interdit aux moins de 16 ans.

Actrice principale  Kathleen Turner.

Critiques de spectateurs sur allociné. Mais s’il ne vous faut lire qu’une critique, lisez celle de cinemaniac devant laquelle je m’incline, n’ayant rien à ajouter : le film nous a beaucoup plu, à voir absolument. Vous trouverez un extrait ici.


All ladies do it

Après avoir vu La clef, nous avons décidé de regarder d’autres films de Tinto Brass. Chose faite avant-hier soir avec All ladies do it, ou Cosi fan tutte pour son titre original italien. Ce film érotique date de 1992 et dure un peu plus d’une heure et demie.

Dans le rôle principal de Diana : Claudia Koll au fessier impressionnant. Le film est interdit aux moins de 16 ans (j’ai trouvé une indication « interdit aux moins de 18 ans » sur Internet, ce qui m’étonne un peu).

Allociné propose le synopsis suivant : « Une jeune femme qui travaille dans un magasin de lingerie fine s’invente des liaisons imaginaires afin de stimuler la libido défaillante de son mari. Elle décide néanmoins de passer à l’acte. »

Un peu court et pas tout à fait exact… Mais j’y reviendrai. Cette page d’Allociné me fournit la traduction allemande du film : eine unmoralische Frau. Mais est-elle si immorale ? Après tout, elles le font toutes, c’est le titre. La morale est peu mise en avant dans le film et même au contraire, ce qui est immoral, c’est cette jalousie stupide et improductive, mais le religieux, oui, puisque nous rencontrons à plusieurs reprises des personnages qui le représente. Le séminariste du bus bien sûr, que l’on retrouve dans la fête en fin de film, et qui explique qu’il ne peut pas écrire une thèse sur le péché s’il ignore ce que c’est, mais aussi des religieuses qui s’effarouchent et (mais je n’y ai pas prêté attention, c’est monsieur qui me l’a signalé) un évèque lors de la soirée poétique où tout débute.

Le titre m’a trompée, je m’attendais à un film sur le thème de la masturbation. Finalement, il s’agit d’un film qui questionne la fidélité, le choix d’assumer un plaisir extra-conjugal. Il s’agit aussi d’un film sur les fesses. Les premières images nous montrent Diana, assise devant un bureau : elle écrit une lettre destinée au courrier des lecteurs d’un magazine, très légèrement vêtue. Ses fesses rebondies en premier plan.

Diana imagine-t-elle uniquement ce qu’elle raconte à son mari afin de l’exciter ? Son mari le croit, mais une part de vérité existe néanmoins et la jeune femme est attirée par le jeu. Elle en rit. Lorsque Diana se retrouve seule à Venise, elle découvre la vie dissolue de sa tante. Tout est tentation : les paroles de son mari qui la mettent en garde contre l’infidélité en cas d’absence du conjoint (un magazine affiche un pourcentage qui l’effraie), le cousin qui évoque certains souvenirs, les photographies de sa tante découverte dans un tiroir, l’homme du train qui pose sa main sur sa jambe, et la proximité de l’homme rencontré lors de la soirée poétique puisqu’il habite dans cette ville. Diana modifie la donne, elle ne fait pas qu’imaginer, elle agit.
L’homme de Venise est un collectionneur d’art. Son thème de prédilection : les fesses, et celles de Diana entrent dans cette collection. Diana raconte bien entendu tout à son mari, mais celui-ci comprend alors que rien n’est inventé. Diana se défend en expliquant que ce n’était pas pareil, puisque c’était par l’autre entrée…
Scène de ménage, le mari de Diana n’accepte pas en réalité ce qu’il acceptait s’il s’agissait d’un récit fictif. La sœur de Diana essaie de le convaincre avec des arguments très personnels mais se fait repousser. Diana oscille entre deux attitudes : elle aime son mari et tient à le garder, elle ne peut empêcher certaines pulsions.

Je ne détaille pas davantage le film. Je vous invite plutôt à consulter cette page qui propose de très belles photographies extraites de All ladies do it et à lire cette présentation du film tout à fait bien écrite.

J’ai aimé le film, de même que j’avais aimé La clef. Jolie vue sur Venise depuis le balcon de l’appartement de la tante. Un peu d’humour : personnage du directeur du magasin de lingerie où travaille Diana ridiculeusement obsédé, scène de la sodomie avec l’homme de Venise où le tableau situé juste devant Diana est percé d’un coup de tête, personnages caricaturaux. Beauté de l’actrice, distinguée et chic.