Gorge Profonde – Deep Throat

S’il y a un film pornographique dont tout le monde connaît le titre, ce serait Deep Throat (Gorge profonde) sans doute. Je ne l’avais pourtant jamais vu encore, sauf des extraits dans L’âge d’or du X. J’ai donc remédié à cette lacune.

Deep Throat (Gorge profonde) est un film comique, avec un personnage loufoque (le docteur Young). Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi un film pornographique. Toutes ces scènes de fellation (entre autres) sont enrubannées autour d’une histoire :

Linda Lovelace vit confortablement avec une amie. Elle sont oisives et consacrent beaucoup de leur temps au sexe. Mais Linda en a assez de cette vie car elle ne ressent que des frissons, pas de cloches qui tintent, pas de fusée qui décolle, pas de feu d’artifice. En d’autres termes, elle ne jouit pas. Aux grands maux les grands remèdes et après des essais infructueux avec des hommes qui s’enchaînent à son chevet et sur le lit, Linda se rend chez le Dr qui l’examine et découvre que son clitoris n’est pas placé au bon endroit. En effet, celui-ci se dissimule au fond de sa gorge. Linda pleure et répond, au Dr qui essaie de la consoler, qu’elle aimerait bien savoir ce qu’il dirait s’il apprenait qu’il avait sa bite dans l’oreille.

Mais à chaque problème sa solution : la gorge profonde est le remède. Linda essaie de suite avec le Dr et entend les cloches tinter, le feu d’artifice et même la fusée. Enthousiaste, elle veut épouser le Dr mais celui-ci lui propose plutôt de devenir thérapeute et de se charger de ses patients qui ont des blocages sexuels.

Linda enfile son costume blanc et rend visite à des patients pour des thérapies particulières. Son dernier patient est un homme amoureux de Linda qui n’a que 10 centimètres à lui consacrer pour lequel une prothèse en silicone s’avère nécessaire au bonheur de sa thérapeute. Nouveaux tintements des cloches, tout est bien qui finit bien. Le film se termine donc en souhaitant à chacun des gorges profondes.

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Gorge profonde de Gérard Damiano est un film de 1972. Il est daté de part ses voitures anciennes, ses vieux téléphones, les vêtements portés, mais aussi les poils des personnages. Car si Linda se rase le sexe (et c’est une scène du film à part entière, le rasage n’étant donc pas une pratique courante, le film ne néglige pas de le montrer), son amie est touffue. Chez les hommes, poils ou pas se mélangent, mais la présence de poils domine.

Gorge profonde a pour intérêt de mettre en première ligne un personnage féminin, Linda, et sa recherche du plaisir. La fellation n’est dans ce sens pas là pour satisfaire son partenaire mais pour lui procurer, à elle, un orgasme. Ce point de vue diverge beaucoup des films pornographiques produits à la pelle où la femme est là pour vider les couilles des messieurs.

Cette mise en avant du plaisir féminin est présente dès les premières scènes où l’on découvre l’amie de Linda, assise en hauteur, jambes écartées, se faisant prodiguer un cunnilingus tout en fumant une cigarette. La femme a le tact de demander si la fumée ne gêne pas l’homme pendant qu’il mange (beaucoup d’effets comiques sont assez grossiers comme cette question), et sitôt la réponse obtenue, replace dare-dare la tête de l’homme entre ses jambes.

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Une chronique du film à lire sur devildead. Vous y trouverez notamment une recontextualisation historique, des détails sur l’actrice Linda qui a milité contre le porno par la suite, révélant des détails peu glorieux sur son apprentissage de la gorge profonde notamment.


Room 33

L’hôtel Camper de Barcelone sert de cadre à plusieurs courts-métrages, l’un situé dans une chambre, l’autre dans la salle de conférence,…

Et parmi ceux-ci, Room 33, le nouveau court-métrage d’Erika Lust.


 

Un couple se présente à la réception de l’hôtel et prend une clé. Fantasmes des personnages, de l’homme, de la femme, de l’homme qui les regarde passer, d’autres personnes croisées le long d’un corridor ou épisodes à venir ? Des flashs mettant en scène ce couple, seul ou bien accompagné, dans la chambre, courtes visions des plaisirs à venir…

« Do not disturb » est accroché à leur porte, mais d’autres pancartes se substituent : triolisme, homme avec homme, femme avec femme, gang bang…

L’hôtel Camper devient le temps d’un court-métrage un love hôtel. Et la chambre 33 est celle de tous les plaisirs…

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Les amateurs de pornographie et de gros plans sur des sexes d’acteurs et d’actrices seront déçus par ce court-métrage car les images présentées sont très sobres. Les images sont sensuelles, laissent part à l’imagination. Ce court-métrage que l’on peut regarder sur Internet gratuitement est à mon avis une réussite érotique.

Court-métrage Room 33 d’Erika Lust sur http://lovehotel.lustfilms.com/love_hotel.html

[L’ensemble des courts-métrages avec présentation des réalisateurs est visible sur ce site.]


Green Porno

Arte avait diffusé en novembre 2009 la série de courts-métrages écrits et réalisés par Isabelle Rossellini, Green Porno, avec Isabelle Rosselini elle-même déguisée en ver de terre, araignée, mante religieuse, mouche commune, escargot…
Les courts-métrages ont été à présent rediffusés et ce n’est que maintenant que je les découvre. C’est instructif (j’ai appris que l’anus de l’escargot, une fois l’animal dans sa coquille, se situe juste au-dessus de sa tête par exemple), drôle (imaginez ce que je viens de noter juste avant mis en scène et l’expression faciale de l’actrice), piquant et assez macabre aussi : le faux-bourdon laisse son pénis dans la vagin de la future reine, comme un bouchon dans une bouteille, perd son sang et meurt et la mante religieuse mâle se fait dévorer la tête par sa partenaire et copule jusqu’à la mort qui s’ensuit.

Green porno est donc une série de courts-métrages de deux minutes chacun qui raconte comment les petites bêtes gèrent le sexe et la copulation. Et ce n’est pas triste ! Les vers de terre sont hermaphrodites et se reproduisent en trouvant un partenaire et en se positionnant en 69, les escargots sont sadomasochistes,… On risque fort de ne plus voir les petites bêtes du même œil !

 

Voici la bande annonce :
Image de prévisualisation YouTube

SM Rechter

Je lisais les pages non encore lues de Nouvelles Tentations et notamment l’article « Domination soumission sur la toile » avec la présentation de deux films, dont SM Rechterde Erik Lamens.
Adaptation d’une histoire vraie, une accusation à l’encontre d’un juge pour cause de pratique SM. Mais mieux vaut vous reporter au site de Nouvelles tentations pour y lire le synopsis, y voir la bande annonce et l’interview du réalisateur. Dans cet interview, il est notamment question de la place de la femme du juge, masochiste, considérée comme victime alors que tout découle de sa volonté… (Lire l’interview sur le webzine de cinergie.be)
Site officiel du film : http://www.smrechter.com/en/
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La vie sexuelle relève-t-elle uniquement de la vie privée lorsqu’une personne exerce une fonction où l’on attend de sa part une conduite irréprochable ? Le SM est-il à classer dans les conduites jugées inadéquates avec la magistrature ? Le SM est-il, comme le pense le procureur, à classer dans les perversions ? Peut-on entendre la voix d’une femme qui se déclare saine, car elle sait ce qu’elle veut et sait où elle veut aller, car elle choisit de souffrir, alors qu’un tribunal la considère comme victime ? La société doit-elle protéger d’elle-même une masochiste, lui interdire la liberté de disposer de son corps comme elle l’entend ? Jusqu’où est-on prêt à aller par amour, jusqu’où suivre les fantasmes de son conjoint ? Dans quelle mesure la présence d’un enfant peut-il être castrateur, quand l’enfant, même à sa majorité, considère encore que ses parents n’ont pas à avoir de vie sexuelle, parce qu’ils sont parents, et que l’amour, ce n’est pas pour les « vieux » ?

Ce sont quelques questions posées par le film. Mais ce film ne fait pas que poser des questions ou tenter d’y répondre. Il est un film d’amour, celui de Koen, juge en cour de cassation et de sa femme Magda, au chômage depuis six mois, qui devient dépressive et se fait hospitaliser le jour de leurs quinze ans de mariage. Un médecin explique alors à Koen qu’il lui faut trouver la cause de cette dépression, qu’ils forment un couple et que là où va l’un, l’autre doit le suivre. Magda souhaite divorcer car la situation ne lui convient plus, mais Koen le refuse, lui dit être prêt à faire ce qu’elle voudra. Magda montre alors son carnet de croquis : ce qu’elle veut, dit-elle, c’est être dominée et qu’il lui fasse mal. C’est son fantasme, qu’elle cache depuis de nombreuses années, parce qu’elle se juge anormale. L’un où va l’un, l’autre doit se rendre. Koen en parle avec le médecin, avec un ami et accepte. Commencent alors plusieurs années où Magda se révèle, retrouve goût à la vie, se met à peindre. Cependant des épreuves les attendent lorsqu’une enquête est menée et le juge traduit en justice…

J’évite de vous fournir trop de détails sur ce film, car il faut le voir. C’est un très beau film qui ne peut pas laisser de marbre, parce qu’il est émouvant car je le répète c’est une histoire d’amour peu commune, parce qu’il rend le spectateur anxieux : suspens ménagé, inquiétude que l’on partage, parce que certaines scènes sont éprouvantes et que voir une aiguille traverser un sein ne se fait pas sans au moins tressaillir : ce type de scènes existe dans le film et cette imprégnation me semble nécessaire, parce que le film soulève des questions, parce que le témoignage final de la femme pour l’émission de télévision est magnifique, parce que l’on se situe comme parent face à ses propres enfants, parce que le scénario est basé sur une histoire vraie, et parce que chacun trouvera ses propres raisons.

Vous pouvez lire une présentation du film sur ce blog.


A ses pieds

J’étais abonnée à une conversation très ancienne du club des sens sur les films esthétiques mais néanmoins érotiques ou pornographiques… et hier B a ajouté une ligne au fil de cette longue conversation en signalant avoir vu un court-métrage, A ses pieds de Mélanie Laurent qui méritait le détour. J’ai lu sa critique et me suis dit qu’effectivement, le court-métrage pourrait s’avérer intéressant. A ses pieds date de 2008 et fait partie des « X-plicit films », ces courts-métrages érotiques ou pornographiques réalisés par des femmes produits par SecondSexe et Canal+. J’avais jusqu’alors regardé deux de ces « X-plicit films » et les avais trouvé inintéressants. Je ne vous en ai donc jamais parlé et j’avais jusqu’alors renoncé à en regarder davantage bien que j’en possédasse un ensemble de six. A ses pieds figurait au milieu de ceux-ci, il a donc suffi de l’identifier et nous l’avons regardé hier soir.

Une femme se prépare, bas, chaussures, robe cintrée et apparaît dans un bar où le barman garde les yeux rivés sur elle. L’homme installé au bar n’est pas insensible à son charme, son assurance et son côté rétro intriguant : la femme porte une voilette et tient un fume-cigarette entre ses doigts. La femme passe près de l’homme, lui enjoignant sans un mot de la suivre et disparaît. L’homme se lève  et c’est le début d’une quête.

(Vous remarquerez que le vitrail art nouveau reprend l’attribut de la femme.)

Cette quête le mène dans un couloir sombre où des portes s’entrouvrent et grincent, des chambres d’hôtel avec salle de bain attenantes, un établissement libertin où toute porte semi-ouverte est une invitation à entrer et à prendre part aux jeux qui se déroulent.

Les soupirs sont des invitations au plaisir, mais l’homme est un Ulysse tenté par des sirènes qui doit rejoindre la femme convoitée et elle seule, qui se perd dans un dédale pour la trouver.

Les portes mènent à des escaliers qu’il descend pour se retrouver face à nouveau à un couloir sombre, le même, avec des portes encore, un escalier qu’il descend à nouveau. La quête du plaisir est une marche vers les profondeurs.

L’homme arrive enfin dans une salle de bain et se heurte à une vitre. De l’autre côté, la femme, inaccessible et proche, qui se dévêtit, s’allonge, se caresse.

Un partage, alors qu’ils sont séparés, un orgasme de chaque côté de la vitre et un rire final de l’homme, tombant dans la baignoire.

Ne fait-on l’amour qu’avec soi-même ? Être à deux ne se réalise-t-il pas, chacun étant à son propre plaisir ? Le rire libère-t-il d’une tension ou ne sanctionne-t-il que l’incapacité à accéder totalement à son rêve ? Faut-il au contraire y voir une réussite, la femme étant parvenue à tenir l’homme en haleine, à le river sur son sillage, à ses pieds, pour reprendre le titre ? Le rire est-il un signe de contentement, d’avoir pu céder, se laisser mener jusqu’au bout ?

Le court-métrage se termine par la vision de la femme qui accède au palier du bar. Tout peut-il recommencer ?

A ses pieds, court-métrage de Mélanie Laurent, 11 minutes environ – les 2 premières minutes


Eros Thérapie

Après un film policier où l’héroïne était jouée par Catherine Frot, actrice que j’aime bien, c’est un autre film avec cette actrice que nous avons regardé, Eros Thérapie. Le film est découpé en deux actes, Eros et Thanatos. Des termes grecs, opposés ; une forte connotation psychologique (et psychanalytique, vous remarquerez d’ailleurs dans les photographies ci-dessous le divan sur lequel est allongée Catherine Frot – Agnès, élément visuel parmi d’autres références à la psychanalyse égrenées dans le scénario), pour deux pendants du film, un plus léger que l’autre : une oscillation entre la comédie et le drame, avec une happy end, quoique… certains points sont à soulever quant à cette fin.

Agnès vit avec Catherine, lesbienne, après avoir mis un terme à sa relation avec Adam. Mais Adam ne s’avoue pas vaincu : feignant l’amnésie et un travail de mémoire nécessaire recommandé par un neurologue, il renonce à vivre chez sa mère, qui a quitté l’appartement qu’elle possédait pour vivre en maison de retraite, et s’installe tout près du lieu où les souvenirs doivent affluer, sa propre maison, en s’installant dans le garage dépourvu du moindre confort. Lors d’une soirée, il rencontre Bruno qui se fait mettre à la porte de chez lui. Adam l’héberge dans son garage pour une nuit, transgression aux règles fixées par Catherine.

C’est le début de la rébellion, les intrusions dans la maison qui lui est normalement fermée, l’idée de reconquérir sa place, de chasser et de punir Catherine. Bruno qui habite ensuite l’appartement vacant d’Adam insuffle un projet et se met à l’exécuter, au-delà de ce qu’Adam aurait pu imaginer. Car Bruno n’a pas un travail comme les autres, il est assistant d’une dominatrice professionnelle, aidé par une psychothérapeute qui fait passer un premier entretien où le fantasme doit se révéler, se réaliser, pour contrer les effets négatifs de son rejet ultérieur. Dans ces lieux peuvent se croiser un sénateur-soubrette et d’autres hommes en mal d’humiliations et de punitions.

Ce film propose une vision du couple comme un mouvement perpétuel d’attrait, de possessivité et de destruction, selon les paroles mêmes d’Agnès. C’est un film mettant en scène la bisexualité d’un personnage, le rejet maternel de l’homosexualité pour Catherine, la croyance selon laquelle une lesbienne pourrait se « convertir »… ce qui arrive en fin de film, d’où ma réticence quant à la fin du scénario, de même le couple féminin Agnès-Catherine cède le pas à un couple hétérosexuel donc « normal »  composé d’Agnès et de son mari Adam, avec l’incursion d’une femme de passage qui sert un verre d’alcool au mari…

Hum, j’ai vraiment un peu de mal avec la fin, avec cet hypothétique trio où le mari ne participerait probablement pas aux ébats féminins, mais serait présent, tout de même, épiant un baiser, accordant sa bénédiction. Une amie de Catherine l’avait dit un peu plus tôt dans le film : les femmes bisexuelles posent problème parce que le mari est souvent proche, voyeur caché. Un cliché ? Une réalité ? Le film apporte sa réponse avec cette dernière scène où l’homme n’est pas loin…

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Eros Thérapie est un film de Danièle Dubroux sorti en 2004. Vous pouvez le trouver en DVD pour un prix modique.

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Synopsis :

Une fille de bonne famille bisexuelle en ménage avec une jeune critique de cinéma, un mari maso relégué au garage qui espère reconquérir sa femme, un jeune homme fougueux que les situations tordues excitent un peu trop…

Une mystérieuse maison close vient d’ouvrir et propose des traitements de choc, menés par des dominatrices, « pour soulager tous les problèmes de libido ». Les voilà bientôt tous embarqués dans une thérapie intensive qui va les mener au bout d’eux-mêmes.


Pure laine vierge

« Si, en littérature, le nombre d’ouvrages érotiques n’a cessé de croître durant ces dernières années, le cinéma érotique a quasiment disparu au profil de l’hégémonie pornographique.
J’ai éprouvé le désir de raconter cette histoire sensuelle, car il me semble important que les cinéastes se réapproprient ce genre, afin de nous extirper du carcan de cette nouvelle pensée unique. Notre imaginaire sexuel ne doit pas se laisser formater par les stéréotypes de la pornographie de supermarché.
Ainsi est né ce court métrage. […] Depuis un peu plus d’un an, je travaille, avec mon scénariste et ami, Christophe Mordellet, à son adaptation pour le cinéma.  « Pure laine vierge » le film, est maintenant devenu un thriller érotique, sensuel et mystérieux… »
Ainsi s’exprime Emmanuel Malherbe sur la page du groupe facebook « Pure laine vierge – conte sensuel ».Il a été question de ce long-métrage sur le blog d’Agène Giard mais je n’avais pas lu l’article alors… Ce n’est qu’hier que j’ai découvert l’existence de ce court métrage et l’ai regardé sur le site du réalisateur Emmanuel Malherbe. A regarder avant de lire ce qui suit si vous voulez conserver le plaisir de la découverte (idem pour l’article d’A. Giard qui en dit trop si vous souhaitez découvrir le court-métrage par vous-même. Lisez ensuite !)Pure laine vierge nous plonge dans une atmosphère étrange où une jeune femme accepte de suivre un homme passionné par la laine jusque dans son magasin et dans son atelier où grouille une chose indéfinie, mystérieuse et inquiétante. C’est parce qu’elle portait un pull épais à col roulé que l’homme a suivi cette femme et s’est adressé à elle, qu’il lui dit soudainement qu’il voudrait faire l’amour avec elle. Mais c’est avec la laine qu’il souhaite en réalité s’accoupler, en elle qu’il veut se fondre, adoptant à la fin une posture fœtale,  recroquevillé sur la laine qui le protège.  La femme n’a plus lieu d’être, elle doit se réduire au fil de laine pour aller au bout de ce fétichisme et elle disparaît donc, métaphoriquement ou réellement (le film est d’ailleurs angoissant, avec un jeu sur les codes de thriller, que ce soit la musique, l’utilisation d’un ustensile tranchant…). Elle devient momie de laine ou enfermée dans un cocon, morte ou transformée pour une nouvelle vie.


The elegant spanking

Pourquoi celui-là ? pour le thème de la fessée, pour le fait que Maria Beatty apparaît dans son propre film où elle joue le rôle de la servante Kitty, parce qu’il s’agit d’un film ancien (de 1995), parce que The elegant spanking marquait le début de la carrière de Maria Beatty, et parce que j’en avais vu quelques images dans le reportage consacré à Maria Beatty dans « Autour de minuit ».
On retrouve ce film en vente en dvd sous le titre Fetish films volume 1 qui comprend également The black glove. La série des « fetish films » comprend à présent trois volumes.

The elegant spanking met en scène deux femmes, la maîtresse, élégante, maniérée, qui porte avec grâce collier de perles, lingerie et chaussures et sa servante dévouée, en adoration devant elle, recueillant son urine, adorant ses pieds. Pour avoir commis une faute, la servante se fait fesser, mais la fessée la porte au comble du désir.

S’y trouvent des scènes d’effeuillage et d’habillement, de masturbation, d’adoration des pieds et des chaussures, une fessée cuisante, fétichisme de la lingerie, fétichisme des pieds, urophilie, et bien entendu un rapport constant de domination/soumission.

Le film de trente minutes environ est muet et entièrement en noir et blanc. Une musique ou plutôt des sons musicaux nous parviennent mais les paroles sont écrites en anglais sur un écran noir. Ces paroles ou pensées sont rares. Le film s’en passe facilement par son expressivité.


Lust

Lust, film de Maria Beatty, dure une trentaine de minutes uniquement et met en scène deux femmes dans un décor rouge primaire (du moins apparaissait-il ainsi sur mon écran alors que sur la photographie que vous voyez à côté le rouge est plus foncé) sur lequel se fond par moments la robe d’une des deux femmes, celle qui est position dominante. L’autre femme voilée de vert est sortie d’une cage et se prête aux jeux de la femme dominante. Si j’insiste sur les couleurs, c’est que celles-ci sont assez criardes et ce décor rouge me semble propre à mettre mal à l’aise. Le tissu vert de la femme soumise tombe et celle-ci reste nue par la suite, accentuant la différence entre celle qui dirige et elle-même.

Que se passe-t-il dans ce film ? quelques paroles sont murmurées, et ces mêmes paroles apparaissent à l’écran, nous les entendons, nous les lisons. Une femme joue avec une autre, l’autre « est jouée ». Des images se superposent parfois et rendent notre vision confuse. C’est un film qui s’oriente vers un travail sur l’image au détriment d’une trame narrative, qui s’apparente davantage à une expérimentation cinématographique, un film d’art et d’essai. C’est étrange, déroutant et… ennuyeux aussi, parce qu’une demie-heure paraît longue ainsi. Mais d’un ennui curieux, car je n’ai pas souhaité interrompre le film ni le regarder en avance rapide. Preuve qu’il exerce tout de même une fascination.

Lust est donc un film de Maria Beatty (dont je vous ai parlé ICI), le premier que nous voyons mais pas le dernier car l’univers de cette réalisatrice m’interpelle. A suivre pour de prochains billets de ce blog ![Pour voir plusieurs images du film, rendez-vous sur cette page de Blue productions]


A propos de la réalisatrice Maria Beatty

Maria Beatty est une réalisatrice new-yorkaise, qui à travers Bleu productions, produit des films érotiques esthétiques, axés sur le fétichisme, les relations bdsm, les femmes.

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Extraits d’une interview réalisée le 24/07/2002 pour http://www.lesinrocks.com/ (Texte intégral ICI)

« Les pratiques SM sont très théâtrales, très ritualisées. Ça m’a paru logique d’en faire des films. Mais des films très personnels qui correspondent à ma manière d’envisager ce type de relations sexuelles. A l’époque, j’avais une relation avec Rosemary Delain : dans nos jeux érotiques, elle était ma maîtresse, et moi, sa soumise. De fil en aiguille, nous en avons fait un film, The Elegant Spanking (« La Fessée élégante »), en 1995 : elle y joue une maîtresse de maison et moi sa soubrette. C’était une suite naturelle à ce que nous vivions, et, en même temps, j’avais conscience du challenge d’un tel film : être une femme réalisatrice, c’est être minoritaire dans la production pornographique. Alors, une femme qui filme du porno SM lesbien fétichiste, c’est carrément un défi ! Mais c’est tellement excitant d’explorer un territoire qui n’a presque jamais été filmé avant. »

« Je sais que du point de vue de l’industrie pornographique, j’appartiens à une niche très précise : le SM lesbien fétichiste, une sous-sous-sous-catégorie ! J’ai créé mon propre genre : l’érotique noir. C’est très pur, d’une certaine façon, parce que je ne fais aucun compromis commercial. Dans mes films, on retrouve tous mes fantasmes (la relation SM, les trips uro, les fessées, les fleurs, le bondage, les talons aiguilles, les pubis rasés…) et la façon dont je tiens à les filmer (lumières, couleurs, musique, muet, cartons, durée, montage, etc.). »

 

Extraits d’un article publié le 22 Juin 2010 sur http://www.rewmi.com/  (Texte intégral ICI)

« Il y avait toutes ces femmes qui utilisaient leur corps dans des performances artistiques avec un message social et politique. Ces femmes m’ont inspirée. Ça a été la clé qui a ouvert la porte, qui m’a fait passer devant la caméra pour explorer mes zones d’ombre. Comme une boite de Pandore qui, une fois ouverte, m’a menée vers une exploration de l’érotisme lesbien et SM. »

« Je préfère révéler les choses de façon mystérieuse, explique la réalisatrice. On n’a pas besoin à tout prix du grand final. C’est l’entre-deux, la montée de la tension qui m’intéressent. »

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Mieux valait laisser parler Maria Beatty, que vous la lisiez après que je l’ai lue, plutôt que de me contenter de recopier les très pauvres lignes de Wikipédia en français la concernant. Le personnage qui transparaît à partir de ses mots est fascinant…

Si ces quelques mots vous ont donné envie d’en découvrir davantage, vous pourrez regarder avec profit sur dailymotion l’extrait de l’émission En attendant minuit consacrée à Maria Beatty.

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J’ai croisé à nouveau le nom de Maria Beatty dans le livre Fausse route d’E. Badinter. Ce n’était pas la première fois,  donc, mais je n’avais pas encore eu la curiosité de m’intéresser à son travail.

Mon mari, sans savoir que je venais de lire à nouveau son nom, commençait lui aussi à s’intéresser à Maria Beatty. Ces extraits d’interview et d’article sont issus de ses recherches sur le net. De même qu’il a cherché les titres des films, des renseignements sur ceux-ci. C’est grâce à son intérêt que je me suis aussi penchée sur ce qu’avait créé Maria Beatty.

Nous avons ainsi regardé hier un premier film, Lust (traduction : Luxure)… mais ceci fera l’objet d’un prochain billet de ce blog. Et puis nous en regarderons d’autres.