Sous les caresses du martinet, Jacques Biederer

Ce tout petit film, Sous les caresses du martinet, date de 1930. Il est dans le domaine public. C’est par un lien donné sur facebook que j’ai pu regarder ces deux minutes et quelques secondes où une femme donne des coups de martinet à une autre qui en rit, fait mine de se sauver, se roule et se protège ou se roule et se livre davantage ainsi en exposant d’autres parties de son corps.

Après recherche à partir du nom du réalisateur, Jacques Biederer des studios Ostria, on trouve des galeries de photographies (ici : http://www.erotomane.org/vintage-erotica/artist/jacques-biederer/430/ ou ici : http://www.archivesderos.com/site/sscat2.php?id=76&themebase=1&sstheme=28) et surtout plusieurs sites en anglais, alors même que les films portent originairement un titre en français.

C’est vers un de ces sites en anglais que je vous oriente afin de visionner la vidéo, Sous les caresses du martinet : http://archive.org/details/Rare1930sFrenchFetishStagFilm2SmWithASmile court métrage qui, comme l’indique la notice, est bien loin des stéréotypes du genre SM


Room 33

L’hôtel Camper de Barcelone sert de cadre à plusieurs courts-métrages, l’un situé dans une chambre, l’autre dans la salle de conférence,…

Et parmi ceux-ci, Room 33, le nouveau court-métrage d’Erika Lust.


 

Un couple se présente à la réception de l’hôtel et prend une clé. Fantasmes des personnages, de l’homme, de la femme, de l’homme qui les regarde passer, d’autres personnes croisées le long d’un corridor ou épisodes à venir ? Des flashs mettant en scène ce couple, seul ou bien accompagné, dans la chambre, courtes visions des plaisirs à venir…

« Do not disturb » est accroché à leur porte, mais d’autres pancartes se substituent : triolisme, homme avec homme, femme avec femme, gang bang…

L’hôtel Camper devient le temps d’un court-métrage un love hôtel. Et la chambre 33 est celle de tous les plaisirs…

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Les amateurs de pornographie et de gros plans sur des sexes d’acteurs et d’actrices seront déçus par ce court-métrage car les images présentées sont très sobres. Les images sont sensuelles, laissent part à l’imagination. Ce court-métrage que l’on peut regarder sur Internet gratuitement est à mon avis une réussite érotique.

Court-métrage Room 33 d’Erika Lust sur http://lovehotel.lustfilms.com/love_hotel.html

[L’ensemble des courts-métrages avec présentation des réalisateurs est visible sur ce site.]


Green Porno

Arte avait diffusé en novembre 2009 la série de courts-métrages écrits et réalisés par Isabelle Rossellini, Green Porno, avec Isabelle Rosselini elle-même déguisée en ver de terre, araignée, mante religieuse, mouche commune, escargot…
Les courts-métrages ont été à présent rediffusés et ce n’est que maintenant que je les découvre. C’est instructif (j’ai appris que l’anus de l’escargot, une fois l’animal dans sa coquille, se situe juste au-dessus de sa tête par exemple), drôle (imaginez ce que je viens de noter juste avant mis en scène et l’expression faciale de l’actrice), piquant et assez macabre aussi : le faux-bourdon laisse son pénis dans la vagin de la future reine, comme un bouchon dans une bouteille, perd son sang et meurt et la mante religieuse mâle se fait dévorer la tête par sa partenaire et copule jusqu’à la mort qui s’ensuit.

Green porno est donc une série de courts-métrages de deux minutes chacun qui raconte comment les petites bêtes gèrent le sexe et la copulation. Et ce n’est pas triste ! Les vers de terre sont hermaphrodites et se reproduisent en trouvant un partenaire et en se positionnant en 69, les escargots sont sadomasochistes,… On risque fort de ne plus voir les petites bêtes du même œil !

 

Voici la bande annonce :
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A ses pieds

J’étais abonnée à une conversation très ancienne du club des sens sur les films esthétiques mais néanmoins érotiques ou pornographiques… et hier B a ajouté une ligne au fil de cette longue conversation en signalant avoir vu un court-métrage, A ses pieds de Mélanie Laurent qui méritait le détour. J’ai lu sa critique et me suis dit qu’effectivement, le court-métrage pourrait s’avérer intéressant. A ses pieds date de 2008 et fait partie des « X-plicit films », ces courts-métrages érotiques ou pornographiques réalisés par des femmes produits par SecondSexe et Canal+. J’avais jusqu’alors regardé deux de ces « X-plicit films » et les avais trouvé inintéressants. Je ne vous en ai donc jamais parlé et j’avais jusqu’alors renoncé à en regarder davantage bien que j’en possédasse un ensemble de six. A ses pieds figurait au milieu de ceux-ci, il a donc suffi de l’identifier et nous l’avons regardé hier soir.

Une femme se prépare, bas, chaussures, robe cintrée et apparaît dans un bar où le barman garde les yeux rivés sur elle. L’homme installé au bar n’est pas insensible à son charme, son assurance et son côté rétro intriguant : la femme porte une voilette et tient un fume-cigarette entre ses doigts. La femme passe près de l’homme, lui enjoignant sans un mot de la suivre et disparaît. L’homme se lève  et c’est le début d’une quête.

(Vous remarquerez que le vitrail art nouveau reprend l’attribut de la femme.)

Cette quête le mène dans un couloir sombre où des portes s’entrouvrent et grincent, des chambres d’hôtel avec salle de bain attenantes, un établissement libertin où toute porte semi-ouverte est une invitation à entrer et à prendre part aux jeux qui se déroulent.

Les soupirs sont des invitations au plaisir, mais l’homme est un Ulysse tenté par des sirènes qui doit rejoindre la femme convoitée et elle seule, qui se perd dans un dédale pour la trouver.

Les portes mènent à des escaliers qu’il descend pour se retrouver face à nouveau à un couloir sombre, le même, avec des portes encore, un escalier qu’il descend à nouveau. La quête du plaisir est une marche vers les profondeurs.

L’homme arrive enfin dans une salle de bain et se heurte à une vitre. De l’autre côté, la femme, inaccessible et proche, qui se dévêtit, s’allonge, se caresse.

Un partage, alors qu’ils sont séparés, un orgasme de chaque côté de la vitre et un rire final de l’homme, tombant dans la baignoire.

Ne fait-on l’amour qu’avec soi-même ? Être à deux ne se réalise-t-il pas, chacun étant à son propre plaisir ? Le rire libère-t-il d’une tension ou ne sanctionne-t-il que l’incapacité à accéder totalement à son rêve ? Faut-il au contraire y voir une réussite, la femme étant parvenue à tenir l’homme en haleine, à le river sur son sillage, à ses pieds, pour reprendre le titre ? Le rire est-il un signe de contentement, d’avoir pu céder, se laisser mener jusqu’au bout ?

Le court-métrage se termine par la vision de la femme qui accède au palier du bar. Tout peut-il recommencer ?

A ses pieds, court-métrage de Mélanie Laurent, 11 minutes environ – les 2 premières minutes


Pure laine vierge

« Si, en littérature, le nombre d’ouvrages érotiques n’a cessé de croître durant ces dernières années, le cinéma érotique a quasiment disparu au profil de l’hégémonie pornographique.
J’ai éprouvé le désir de raconter cette histoire sensuelle, car il me semble important que les cinéastes se réapproprient ce genre, afin de nous extirper du carcan de cette nouvelle pensée unique. Notre imaginaire sexuel ne doit pas se laisser formater par les stéréotypes de la pornographie de supermarché.
Ainsi est né ce court métrage. […] Depuis un peu plus d’un an, je travaille, avec mon scénariste et ami, Christophe Mordellet, à son adaptation pour le cinéma.  « Pure laine vierge » le film, est maintenant devenu un thriller érotique, sensuel et mystérieux… »
Ainsi s’exprime Emmanuel Malherbe sur la page du groupe facebook « Pure laine vierge – conte sensuel ».Il a été question de ce long-métrage sur le blog d’Agène Giard mais je n’avais pas lu l’article alors… Ce n’est qu’hier que j’ai découvert l’existence de ce court métrage et l’ai regardé sur le site du réalisateur Emmanuel Malherbe. A regarder avant de lire ce qui suit si vous voulez conserver le plaisir de la découverte (idem pour l’article d’A. Giard qui en dit trop si vous souhaitez découvrir le court-métrage par vous-même. Lisez ensuite !)Pure laine vierge nous plonge dans une atmosphère étrange où une jeune femme accepte de suivre un homme passionné par la laine jusque dans son magasin et dans son atelier où grouille une chose indéfinie, mystérieuse et inquiétante. C’est parce qu’elle portait un pull épais à col roulé que l’homme a suivi cette femme et s’est adressé à elle, qu’il lui dit soudainement qu’il voudrait faire l’amour avec elle. Mais c’est avec la laine qu’il souhaite en réalité s’accoupler, en elle qu’il veut se fondre, adoptant à la fin une posture fœtale,  recroquevillé sur la laine qui le protège.  La femme n’a plus lieu d’être, elle doit se réduire au fil de laine pour aller au bout de ce fétichisme et elle disparaît donc, métaphoriquement ou réellement (le film est d’ailleurs angoissant, avec un jeu sur les codes de thriller, que ce soit la musique, l’utilisation d’un ustensile tranchant…). Elle devient momie de laine ou enfermée dans un cocon, morte ou transformée pour une nouvelle vie.


The good girl

Suite à la lecture d’un article « The Good girl, un film porno pour les femmes ? » du site Roomantic, et après avoir visionné ce court-métrage d’Erika Lust, je me suis demandée ce qui différenciait un film porno dit « pour femmes » d’un film porno classique et si finalement, The good girlétait ou pas un bon film.The good girl fait partie d’une compilation de courts-métrages intitulée Five hot stories for her de Lust films of Barcelone. Le titre ne trompe pas, la cible est féminine.

The good girl est ainsi présenté : « In THE GOOD GIRL we meet Alex, a high-powered exec who spends plenty of time thinking about sex yet rarely acts upon her desires and never takes the initiative… until now. »

Now, c’est le maintenant du film (entièrement en anglais malheureusement pour moi qui ne comprends pas tout, loin de là, mais heureusement, un film porno peut se passer bien souvent de paroles.)

Alex supporte difficilement les bavardages téléphoniques d’une amie qui raconte ses exploits sexuels avec son prof de yoga et attend sa pizza. Ah, le livreur ! Tiens, justement, il sonne juste quand elle sort de la douche, enveloppée dans une grande serviette. Mais la suggestion n’est pas assez forte : arriver couverte de la serviette, ruisselante, prendre son temps pour chercher sa monnaie tout en se baissant pour que le livreur ait une vue plongeante, voire laisser par mégarde la serviette tomber un peu avant de la rattraper tout en disant « sorry ! », les messages étaient bien là. Mais le livreur pense à sa pizza, c’est un professionnel. Il part donc. Alex est désespérément seul. Aussi quand le livreur réapparait se jette-t-elle sur lui. Le livreur n’a pas dû comprendre pourquoi. Le message n’était pas suffisamment clair. Elle a donc laissé tomber la serviette. A ce moment-là de l’histoire, il a compris. Et moi aussi, je commence à mieux comprendre parce qu’ils ne parlent plus (ne l’oubliez pas, jusque-là, ils parlaient en anglais). Ensuite, tout s’enchaîne classiquement, ils se retrouvent sur le lit, en dehors du lit, de retour sur le lit, au-dessus, en dessous, c’est une chorégraphie.

Maintenant que vous avez un aperçu de l’histoire, pourquoi est-ce du « porno pour femmes » ?

Le film fonctionne sur le mode de l’attente, et c’est toute la trouvaille qui en fait peut-être un film « pour femmes », d’après l’idée selon laquelle une femme réagit davantage à la suggestion, a besoin de faire travailler son imaginaire. Ce qui n’est pas faux.
On ne voit pas exactement ce qu’il se passe avec le professeur de yoga. Quelques gestes qui accompagnent la respiration de l’amie d’Alex, et c’est tout. On imagine la suite.
Alex fantasme sur les livreurs de pizza, mais tout se tient dans sa tête. Jusqu’au moment où elle passe à l’acte, bien sûr.
Et même… le passage à l’acte est momentanément frustrant. Alex est nue sur son lit, pas le livreur. Après quelques minutes, je commençais à trépigner d’impatience : « Tu crois qu’il va finir par sortir son zob de sa cachette ? » Monsieur, pas plus intéressé que ça par la question, a dévié le propos : « Je peux te montrer le mien si tu veux. » Hors de question, je veux voir la suite du film ! Pousse-toi de l’écran ! Mais ouf, le zob finit par se montrer (celui du livreur) et le film pornographique a repris ses droits.

Néanmoins, tout n’est pas absolument montré en pleine lumière. Choix d’une lumière tamisée, on voit des ombres, on devine les formes. Pas de gros plan en permanence non plus. Même si l’acte sexuel est clairement montré, il joue parfois de suggestion.

Autre critère qui me semble important de souligner : un brin de tendresse. Pas des masses, surtout lors de l’éjaculation faciale (qu’est-ce qu’elle vient faire là ?! Laissez-vous un livreur qui vous monte dessus éjaculer sur votre figure ?!), mais hormis ce passage totalement à côté de l’idée que l’on pourrait se faire d’un film porno « pour femmes », un instant (juste deux secondes) de tendresse à la fin de l’acte sexuel. C’est toujours mieux que rien.

Le court-métrage se termine. The good girl est-il un good film ? Difficile de répondre. Il est moins nul que beaucoup, mais il y a encore des progrès à faire en la matière.

« Dis, tu me le montres maintenant ? » Apparemment, il est trop tard, monsieur est vexé et a sommeil.
Pour accepter ce revirement de situation, il faut vraiment que je sois une bonne fille.

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