SM Rechter

Je lisais les pages non encore lues de Nouvelles Tentations et notamment l’article « Domination soumission sur la toile » avec la présentation de deux films, dont SM Rechterde Erik Lamens.
Adaptation d’une histoire vraie, une accusation à l’encontre d’un juge pour cause de pratique SM. Mais mieux vaut vous reporter au site de Nouvelles tentations pour y lire le synopsis, y voir la bande annonce et l’interview du réalisateur. Dans cet interview, il est notamment question de la place de la femme du juge, masochiste, considérée comme victime alors que tout découle de sa volonté… (Lire l’interview sur le webzine de cinergie.be)
Site officiel du film : http://www.smrechter.com/en/
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La vie sexuelle relève-t-elle uniquement de la vie privée lorsqu’une personne exerce une fonction où l’on attend de sa part une conduite irréprochable ? Le SM est-il à classer dans les conduites jugées inadéquates avec la magistrature ? Le SM est-il, comme le pense le procureur, à classer dans les perversions ? Peut-on entendre la voix d’une femme qui se déclare saine, car elle sait ce qu’elle veut et sait où elle veut aller, car elle choisit de souffrir, alors qu’un tribunal la considère comme victime ? La société doit-elle protéger d’elle-même une masochiste, lui interdire la liberté de disposer de son corps comme elle l’entend ? Jusqu’où est-on prêt à aller par amour, jusqu’où suivre les fantasmes de son conjoint ? Dans quelle mesure la présence d’un enfant peut-il être castrateur, quand l’enfant, même à sa majorité, considère encore que ses parents n’ont pas à avoir de vie sexuelle, parce qu’ils sont parents, et que l’amour, ce n’est pas pour les « vieux » ?

Ce sont quelques questions posées par le film. Mais ce film ne fait pas que poser des questions ou tenter d’y répondre. Il est un film d’amour, celui de Koen, juge en cour de cassation et de sa femme Magda, au chômage depuis six mois, qui devient dépressive et se fait hospitaliser le jour de leurs quinze ans de mariage. Un médecin explique alors à Koen qu’il lui faut trouver la cause de cette dépression, qu’ils forment un couple et que là où va l’un, l’autre doit le suivre. Magda souhaite divorcer car la situation ne lui convient plus, mais Koen le refuse, lui dit être prêt à faire ce qu’elle voudra. Magda montre alors son carnet de croquis : ce qu’elle veut, dit-elle, c’est être dominée et qu’il lui fasse mal. C’est son fantasme, qu’elle cache depuis de nombreuses années, parce qu’elle se juge anormale. L’un où va l’un, l’autre doit se rendre. Koen en parle avec le médecin, avec un ami et accepte. Commencent alors plusieurs années où Magda se révèle, retrouve goût à la vie, se met à peindre. Cependant des épreuves les attendent lorsqu’une enquête est menée et le juge traduit en justice…

J’évite de vous fournir trop de détails sur ce film, car il faut le voir. C’est un très beau film qui ne peut pas laisser de marbre, parce qu’il est émouvant car je le répète c’est une histoire d’amour peu commune, parce qu’il rend le spectateur anxieux : suspens ménagé, inquiétude que l’on partage, parce que certaines scènes sont éprouvantes et que voir une aiguille traverser un sein ne se fait pas sans au moins tressaillir : ce type de scènes existe dans le film et cette imprégnation me semble nécessaire, parce que le film soulève des questions, parce que le témoignage final de la femme pour l’émission de télévision est magnifique, parce que l’on se situe comme parent face à ses propres enfants, parce que le scénario est basé sur une histoire vraie, et parce que chacun trouvera ses propres raisons.

Vous pouvez lire une présentation du film sur ce blog.


A ses pieds

J’étais abonnée à une conversation très ancienne du club des sens sur les films esthétiques mais néanmoins érotiques ou pornographiques… et hier B a ajouté une ligne au fil de cette longue conversation en signalant avoir vu un court-métrage, A ses pieds de Mélanie Laurent qui méritait le détour. J’ai lu sa critique et me suis dit qu’effectivement, le court-métrage pourrait s’avérer intéressant. A ses pieds date de 2008 et fait partie des « X-plicit films », ces courts-métrages érotiques ou pornographiques réalisés par des femmes produits par SecondSexe et Canal+. J’avais jusqu’alors regardé deux de ces « X-plicit films » et les avais trouvé inintéressants. Je ne vous en ai donc jamais parlé et j’avais jusqu’alors renoncé à en regarder davantage bien que j’en possédasse un ensemble de six. A ses pieds figurait au milieu de ceux-ci, il a donc suffi de l’identifier et nous l’avons regardé hier soir.

Une femme se prépare, bas, chaussures, robe cintrée et apparaît dans un bar où le barman garde les yeux rivés sur elle. L’homme installé au bar n’est pas insensible à son charme, son assurance et son côté rétro intriguant : la femme porte une voilette et tient un fume-cigarette entre ses doigts. La femme passe près de l’homme, lui enjoignant sans un mot de la suivre et disparaît. L’homme se lève  et c’est le début d’une quête.

(Vous remarquerez que le vitrail art nouveau reprend l’attribut de la femme.)

Cette quête le mène dans un couloir sombre où des portes s’entrouvrent et grincent, des chambres d’hôtel avec salle de bain attenantes, un établissement libertin où toute porte semi-ouverte est une invitation à entrer et à prendre part aux jeux qui se déroulent.

Les soupirs sont des invitations au plaisir, mais l’homme est un Ulysse tenté par des sirènes qui doit rejoindre la femme convoitée et elle seule, qui se perd dans un dédale pour la trouver.

Les portes mènent à des escaliers qu’il descend pour se retrouver face à nouveau à un couloir sombre, le même, avec des portes encore, un escalier qu’il descend à nouveau. La quête du plaisir est une marche vers les profondeurs.

L’homme arrive enfin dans une salle de bain et se heurte à une vitre. De l’autre côté, la femme, inaccessible et proche, qui se dévêtit, s’allonge, se caresse.

Un partage, alors qu’ils sont séparés, un orgasme de chaque côté de la vitre et un rire final de l’homme, tombant dans la baignoire.

Ne fait-on l’amour qu’avec soi-même ? Être à deux ne se réalise-t-il pas, chacun étant à son propre plaisir ? Le rire libère-t-il d’une tension ou ne sanctionne-t-il que l’incapacité à accéder totalement à son rêve ? Faut-il au contraire y voir une réussite, la femme étant parvenue à tenir l’homme en haleine, à le river sur son sillage, à ses pieds, pour reprendre le titre ? Le rire est-il un signe de contentement, d’avoir pu céder, se laisser mener jusqu’au bout ?

Le court-métrage se termine par la vision de la femme qui accède au palier du bar. Tout peut-il recommencer ?

A ses pieds, court-métrage de Mélanie Laurent, 11 minutes environ – les 2 premières minutes


Eros Thérapie

Après un film policier où l’héroïne était jouée par Catherine Frot, actrice que j’aime bien, c’est un autre film avec cette actrice que nous avons regardé, Eros Thérapie. Le film est découpé en deux actes, Eros et Thanatos. Des termes grecs, opposés ; une forte connotation psychologique (et psychanalytique, vous remarquerez d’ailleurs dans les photographies ci-dessous le divan sur lequel est allongée Catherine Frot – Agnès, élément visuel parmi d’autres références à la psychanalyse égrenées dans le scénario), pour deux pendants du film, un plus léger que l’autre : une oscillation entre la comédie et le drame, avec une happy end, quoique… certains points sont à soulever quant à cette fin.

Agnès vit avec Catherine, lesbienne, après avoir mis un terme à sa relation avec Adam. Mais Adam ne s’avoue pas vaincu : feignant l’amnésie et un travail de mémoire nécessaire recommandé par un neurologue, il renonce à vivre chez sa mère, qui a quitté l’appartement qu’elle possédait pour vivre en maison de retraite, et s’installe tout près du lieu où les souvenirs doivent affluer, sa propre maison, en s’installant dans le garage dépourvu du moindre confort. Lors d’une soirée, il rencontre Bruno qui se fait mettre à la porte de chez lui. Adam l’héberge dans son garage pour une nuit, transgression aux règles fixées par Catherine.

C’est le début de la rébellion, les intrusions dans la maison qui lui est normalement fermée, l’idée de reconquérir sa place, de chasser et de punir Catherine. Bruno qui habite ensuite l’appartement vacant d’Adam insuffle un projet et se met à l’exécuter, au-delà de ce qu’Adam aurait pu imaginer. Car Bruno n’a pas un travail comme les autres, il est assistant d’une dominatrice professionnelle, aidé par une psychothérapeute qui fait passer un premier entretien où le fantasme doit se révéler, se réaliser, pour contrer les effets négatifs de son rejet ultérieur. Dans ces lieux peuvent se croiser un sénateur-soubrette et d’autres hommes en mal d’humiliations et de punitions.

Ce film propose une vision du couple comme un mouvement perpétuel d’attrait, de possessivité et de destruction, selon les paroles mêmes d’Agnès. C’est un film mettant en scène la bisexualité d’un personnage, le rejet maternel de l’homosexualité pour Catherine, la croyance selon laquelle une lesbienne pourrait se « convertir »… ce qui arrive en fin de film, d’où ma réticence quant à la fin du scénario, de même le couple féminin Agnès-Catherine cède le pas à un couple hétérosexuel donc « normal »  composé d’Agnès et de son mari Adam, avec l’incursion d’une femme de passage qui sert un verre d’alcool au mari…

Hum, j’ai vraiment un peu de mal avec la fin, avec cet hypothétique trio où le mari ne participerait probablement pas aux ébats féminins, mais serait présent, tout de même, épiant un baiser, accordant sa bénédiction. Une amie de Catherine l’avait dit un peu plus tôt dans le film : les femmes bisexuelles posent problème parce que le mari est souvent proche, voyeur caché. Un cliché ? Une réalité ? Le film apporte sa réponse avec cette dernière scène où l’homme n’est pas loin…

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Eros Thérapie est un film de Danièle Dubroux sorti en 2004. Vous pouvez le trouver en DVD pour un prix modique.

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Synopsis :

Une fille de bonne famille bisexuelle en ménage avec une jeune critique de cinéma, un mari maso relégué au garage qui espère reconquérir sa femme, un jeune homme fougueux que les situations tordues excitent un peu trop…

Une mystérieuse maison close vient d’ouvrir et propose des traitements de choc, menés par des dominatrices, « pour soulager tous les problèmes de libido ». Les voilà bientôt tous embarqués dans une thérapie intensive qui va les mener au bout d’eux-mêmes.